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mardi 4 août 2020
Mammifères
La photo du mois de juillet

Le choix du CoPil de Faune-Guyane pour le mois de juillet prouve une fois de plus que ce n'est pas la rareté de l'espèce qui fait la valeur d'une photo. Le Saïmiri ou Singe-écureuil commun (Saimiri sciureus) en effet est le singe le plus abondant sur la plaine littorale guyanaise. Il est commun notamment dans les forêts marécageuses, mais plus rare dans l'intérieur, par exemple dans les forêts dégradées le long des grandes rivières ou à Saül. Très sociable, il peut former des groupes conséquents qui dépassent parfois la centaine d'individus.

Il fallait à Marine Perrier des bons réflexes pour saisir "l'envol" de ce Saïmiri au Golf de l'Anse de Kourou. Photo parfaite !

------------------

Et une mention spéciale pour cet Ocelot pris au piège photo à l'ADNG (Saint-Laurent-du-Maroni), dans le cadre d'un projet pédagogique. La photo a été prise au mois de mars mais elle nous est parvenue en juillet.

Permettant d'inventorier les gros animaux difficiles à voir, d'étudier leurs densités ou leurs comportements, de distinguer et de dénombrer les individus, la technique du piège photo devient de plus en plus répandue et accessible. Si la "capture" d'un félin par ces appareils photo à déclenchement automatique n'est pas exceptionnelle, il n'en va pas de même d'un cliché où le félin en question transporte la proie qu'il vient de tuer, en l'occurrence un Quatre-yeux gris (Philander opossum). Un document exceptionnel ! Félicitations aux élèves et enseignants du collège Paule Berthelot de Javouhey, impliqués dans cette étude avec la fondation La Main A La Pâte.

Ocelot (Leopardus pardalis), ADNG, 21/03/2020 © ADNG / Collègue Paule Berthelot Javouhey

http://files.biolovision.net/www.faune-guyane.fr/userfiles/Documentsdivers/Mammifres/LeoparduspardalisADNG210320fg48081.jpg

Les pièges photo ou autres enregistreurs automatiques fournissent des données naturalistes que de simples observateurs seraient incapables de collecter. Il est donc utile de les traiter à part. En attendant le développement par Biolovision d'un module spécial permettant de signaler les données obtenues par des systèmes automatiques, n'oubliez pas de le signaler en remarque afin de pouvoir facilement trier ces données particulières.

Olivier Claessens

 

Singe-écureuil commun (Saimiri sciureus), Kourou, 21/07/2020 © M. Perrier

posté par Olivier Claessens/gepog
 
samedi 25 juillet 2020
Odonates
Les Argia de Guyane

Les Argia, de la famille des Coenagrionidae, appartiennent au sous-ordre des Zygoptères plus communément appelé demoiselles ou agrions. Ce genre comprend plus de 115 espèces réparties dans toutes les Amériques, mais est plus diversifié en région tropicale avec plus de la moitié des espèces en Amérique latine.

De taille moyenne, les Argia font partie de ce grand complexe d'espèces d'agrions bleu et noir qui restent généralement peu évidents à identifier. Elles se distinguent des autres genres par des ailes assez longues, des taches au-dessus des yeux et de longues épines sur les pattes. Pour la plupart peu fréquentes, elles affectionnent les bords des eaux courantes de fleuves et de petits ruisseaux à débit faible ou rapide, principalement en forêt.

Une récente publication de R. W. Garrison & N. Von Ellenrieder ("Damselflies of the genus Argia of the Guiana Shield (Odonata: Coenagrionidae)", Zootaxa, 2015) a décrit de nouvelles espèces sur le plateau des Guyanes, qui compte désormais 21 espèces. La taxonomie des Argia sur Faune-Guyane a été mise à jour en conséquence.

La répartition de certaines espèces est très étendue, comme Argia translata connue du sud du Canada jusqu’au nord de l’Argentine ou Argia occulata du Mexique à la Bolivie. D'autres au contraire sont connues uniquement du plateau des Guyanes, par exemple Argia deceptor et Argia palmata, deux espèces décrites en 2015. Pour cette dernière, les données sont très récentes et par conséquent elle n'est actuellement pas encore disponible à la saisie sur Faune-Guyane.

On dénombre moins de 150 données d'Argia sur Faune-Guyane dont aucune dans la moitié sud de la Guyane, ce qui ne permet pas encore de bien comprendre leur biologie et leur répartition sur le territoire. Actuellement en Guyane espèces de ce genre ont été recensées et probablement d'autres restent à découvrir.

 

Récemment réalisée, voici à votre disposition une fiche d’identification des Argia de Guyane.

Quentin Uriot

 

Argia fumigata, piste de Bélizon © Quentin Uriot

Document à télécharger :  Fiche_d-identification_des_Argia-4595.pdf
posté par Olivier Claessens/gepog
 
mercredi 22 juillet 2020
Phasmes
16 nouvelles espèces et un nouveau genre de phasmes décrits en Guyane

Depuis le temps qu’on l’attendait, l’article sur les phasmes de Guyane est enfin sorti ! Un gros pavé de 136 pages décrivant pas moins de 16 nouvelles espèces et un nouveau genre découverts en Guyane… et ce sans compter l’ensemble des changements taxonomiques (85). La liste de Faune-Guyane que vous connaissez va donc bien évoluer et certaines espèces observées depuis des années et identifiées comme Agrostia sp., Prexaspes sp. ou autre Phanocles sp. pourront enfin être nommées !

Vous pouvez découvrir le nom de toutes ces charmantes bestioles dans l’article ci-dessous (disponible sur demande) :

https://www.mapress.com/j/zt/article/view/zootaxa.4814.1.1?fbclid=IwAR09QZ55GszXppVaIpCUMTSDzSAsQiTC_hWn5S8qHrZxASe8k9iGKprE3hc

Et sait-on jamais, peut-être que suite à cette article, les co-auteurs et membre d’ASPER pourront enfin se charger d’éditer un petit guide sur les espèces de phasmes guyanais…

Toni Jourdan / ASPER

 

Agrostia sp., désormais nommé Agrostia longicerca nov. sp © Marine Perrier

posté par Olivier Claessens/gepog
 
samedi 11 juillet 2020
Oiseaux
"ACasa" : les photos du confinement

Durant presque 2 mois, du 21 mars au 11 mai, vos observations ont été limitées aux abords de vos domiciles. Un confinement qui n'a pas empêché une forte progression du nombre de données et du nombre de listes transmises sur Faune-Guyane, à travers l'opération "Confinés mais aux aguets" (nom de code ACasa). Le bilan chiffré de cette opération vous a été présenté dans l'actualité du 16 mai 2020.

Sur les 5889 observations accompagnées du code étude ACasa, 150 étaient accompagnées de photos, soit un total de 181 photos. 90 espèces ont ainsi été photographiées depuis chez vous pendant le confinement (soit un peu plus d'un tiers des espèces observées).

Nous vous offrons aujourd'hui la mosaïque des photos "ACasa", réalisée par Charlotte Ollagnier. Si nous avons dû faire des choix parmi toutes les photos disponibles nous nous sommes volontairement limités à celles prises dans le cadre de l'opération, même si les galeries de Faune-Guyane renferment souvent de meilleurs clichés des mêmes espèces. Dans cette composition, la taille des photos est proportionnelle au nombre de données "ACasa" pour l'espèce.

La version haute définition de ce tableau peut être téléchargée <ici>.

Bonne découverte !

Olivier Claessens

posté par Olivier Claessens/gepog
 
samedi 4 juillet 2020
Oiseaux
Le mystère des Milans des marais

Les ornithologues attentifs aux données saisies sur Faune-Guyane auront sans doute remarqué un afflux d'observations de Milans des marais (Rostrhamus sociabilis) depuis quelques semaines.

Bien que l'espèce soit présente en Guyane toute l'année et s'y reproduise localement, on constate en effet en nette augmentation du nombre de données d'avril à août, avec un maximum atteint en juin.

http://files.biolovision.net/www.faune-guyane.fr/userfiles/Documentsdivers/Oiseaux/Rostrhamussociabilisphno040720.jpg

Mais surtout, on observe alors des groupes d'oiseaux en déplacement, pouvant compter jusqu'à plusieurs dizaines d'individus. Ces mouvements migratoires restent encore largement mystérieux : d'où viennent les migrateurs observés, jusqu'où vont-ils ?

Le Milan des marais possède une répartition qui, sans être régulière, s'étend sur une grande partie de l'Amérique du sud, au nord jusqu'au Mexique, Cuba et la Floride. L'espèce a été amplement étudiée en Floride, mais beaucoup moins en Amérique du Sud. Les oiseaux de Floride ne sont pas migrateurs mais plutôt nomades en réponse aux conditions du milieu qui influent sur la disponibilité des ressources alimentaires. Ceux d'Argentine migrent en partie vers le Pantanal après la reproduction.

Entre ces deux régions extrêmes, le mystère persiste autour des déplacements saisonniers des Milans des marais. Le Milan des marais est un prédateur très spécialisé, s'alimentant presque exclusivement d'escargots  aquatiques du genre Pomacea. Ces proies connaissent-elles des variations saisonnières d'abondance, qui obligeraient les milans à quitter leur région d'origine ?

En attendant que des chercheurs (en Guyane ou ailleurs) équipent de GPS quelques individus afin de suivre leurs déplacements au cours de l'année, une analyse fine des données de Faune-Guyane permettra peut-être de mieux décrire ces déplacements à l'échelle de notre région. Pour cela, en cas d'observation de groupes d'oiseaux en migration, n'oubliez pas de noter l'heure et la direction de vol, et de cocher la case "migration active".

Olivier Claessens

 

Milans des marais (Rostrhamus sociabilis) en migration, Cayenne le 10/05/2020 © O. Claessens

posté par Olivier Claessens/gepog
 
mardi 30 juin 2020
Chauves-souris
La photo du mois : Quand les chauves-souris font du camping !

Décidément les chauves-souris ne font jamais les choses comme tout le monde. Dans la forêt guyanaise, quelques espèces appartenant aux genres Dermanura, Rhynophylla, Mesophylla et Uroderma taillent de larges feuilles afin de fabriquer des tentes sous lesquelles elles se tiennent à l'abri des prédateurs et surtout des pluies tropicales. Les feuilles utilisées sont généralement des palmiers ou des cyclanthacées.

Les plus belles et les plus grandes tentes sont fabriquées par Uroderma bilobatum. Un ou plusieurs mâles incisent les folioles de palmiers adultes, ce qui produit une série de pliures, formant un triangle tronqué de plus d'un mètre de long. Une fois confectionnées les tentes sont colonisées par les femelles. Les feuilles utilisées ne meurent pas, si bien que nous connaissons des tentes qui ont été utilisées pendant plus de 5 ans.

C'est l'un de ces gîtes hébergeant plus de 60 Uroderma bilobatum qu'Audrey Dahan a brillamment photographié ce mois-ci sur la piste de Bélizon. On remarquera aussi que la plupart des espèces de chauves-souris façonnant des tentes exhibent avec élégance des rayures blanches sur la tête et le dos, censées les camoufler dans le décor d'ombres et de lumières du sous-bois.

Vincent Rufray

 

Colonie d'Uroderma bilobatum sous sa tente, piste de Bélizon, 03/06/2020 © A. Dahan

posté par Olivier Claessens/gepog
 
dimanche 28 juin 2020
Oiseaux
Comptage annuel de la colonie de Hérons agamis

Le Héron agami (Agamia agami) est l'un des hérons les plus méconnus au monde. La découverte par l'IRD d'une colonie comptant plus de 1000 couples (1600 couples dénombrés en 2013, soit plus de 95 % de la population mondiale connue à l'époque) a propulsé la Guyane en première ligne pour l'étude et la conservation de l'espèce. Cette colonie est désormais suivie chaque année par le GEPOG en partenariat avec la réserve naturelle de Kaw-Roura.

Le suivi annuel de la colonie du marais de Kaw vient d'être réalisé les 23 et 24 juin.

Environ 1000 couples ou nichées ont été dénombrés. Comme les années précédentes, et contrairement à une idée reçue, la reproduction des Hérons agamis s'avère très étalée dans le temps puisqu'une partie des couples avaient déjà achevé leur nidification, avec des grands jeunes ayant quitté le nid, tandis que d'autres couvaient encore des œufs. Leur répartition au sein de la colonie montre que celle-ci s'étend progressivement au cours de la saison de reproduction depuis le fond de la colonie. Un comptage réalisé à un instant donné ne permet donc d'avoir qu'une partie de la population nicheuse.

Cette superbe colonie héberge bien d'autres espèces remarquables : Savacous huppés, Hérons cocoï, Grandes Aigrettes, Anhingas d'Amérique, Cormorans vigua, Hoazins huppés, se partagent l'espace… tandis que les caïmans noirs guettent l'oiseau maladroit ou imprudent qui se perchera trop bas ou tombera à l'eau.

Un site exceptionnel par sa beauté et sa concentration d'espèces aussi spectaculaires que rares et menacées, heureusement préservé !

Olivier Claessens

 

Héron agami (Agamia agami), "mare aux caïmans", 24/06/2020 © O. Claessens

posté par Olivier Claessens/gepog
 
dimanche 21 juin 2020
La date de la photo et de l'observation ne correspondent pas

Vous avez peut-être déjà reçu ce message. Il s'agit d'une vérification automatique qui se base sur l'Exif (les propriétés du fichier numérique) de la photo pour vérifier que l'observation a été mise à la bonne date. La donnée se trouve alors marquée d'un point jaune, comme pour les demandes de complément. Cela peut arriver dans plusieurs cas :

1°) Il s'agit d'une observation passée, et lors de la saisie vous n'avez pas pensé à modifier la date qui s'affiche par défaut, qui est celle du jour de la saisie. La bonne date est donc celle de la photo, que vous avez dans les propriétés du fichier (si vous ne savez pas comment les retrouver, contactez le validateur).

=> Vous devez dans ce cas éditer votre donnée pour corriger la date en cliquant sur l'onglet "Modifier la donnée". La date d'une observation n'est pas un détail anodin, elle peut être utilisée pour comprendre la phénologie des espèces (périodes de migration ou de reproduction par exemple), il est donc important de veiller à ce qu'elle soit juste.

2°) Vous êtes certain de la date de l'observation, et c'est celle de la photo qui est fausse car l'horloge de l'appareil photo n'a pas été réglée à la bonne date.

=> Il vous suffit alors de répondre au message d'erreur en confirmant la date, afin qu'un validateur puisse valider la donnée.

Dans tous les cas, la bonne solution ne consiste pas à supprimer la photo, ni à ignorer le message !

Pour éviter que cela se reproduise, il est fortement conseillé de mettre à jour les réglages de l'appareil photo ! Cela peut être utile, pour vérifier a posteriori la date d'une observation. Cela vous évitera aussi de continuer à recevoir inutilement ce type de message de vérification.

Et cela soulagera les boîtes mail des validateurs, car ils reçoivent l'ensemble des messages de vérification envoyés aux observateurs. Ainsi, ce sont chaque semaine entre 10 et 20 messages qui s'accumulent dans nos boîtes pour cette raison. Le temps que les validateurs passent à trier ces messages serait plus utilement consacré à de réelles vérifications des données.

Merci à tous pour vos observations et vos photos,

Et merci aux validateurs pour le travail remarquable qu'ils accomplissent pour veiller à la qualité des données sur Faune-Guyane !

Olivier Claessens

posté par Olivier Claessens/gepog
 
samedi 13 juin 2020
Mammifères
Le casse-tête des petits Opossums-souris

L'identification des petits marsupiaux que l'on nomme "Opossums-souris" est particulièrement ardue et il est tentant de baisser les bras et de les désigner tous sous le nom : Opossum-souris indéterminé.

Toutefois, ces petits marsupiaux arboricoles et nocturnes se laissent parfois approcher de très près et autorisent la réalisation de bons clichés. Ces photos sont alors très utiles pour aller plus loin dans l'identification.

Récemment, le Parc Amazonien de Guyane a mis à disposition de tous une plaquette permettant d'identifier les espèces de Marsupiaux forestiers (accessible ici).

Parmi ces espèces, les Opossums-souris délicats (2 espèces du genre Marmosops) se distinguent facilement des autres et peuvent à présent être renseignés au niveau du genre dans Faune-Guyane (Marmosops sp. / Opossum-souris délicat indéterminé).

http://files.biolovision.net/www.faune-guyane.fr/userfiles/Documentsdivers/Mammifres/IdentificationdesMarmosopsv2020.jpgNous vous invitons à visiter la galerie photos de ces espèces et à consulter le mémo "Les Opossums-souris délicats du genre Marmosops" pour essayer d'aller plus loin dans l'identification. Soyez conscient toutefois que notre connaissance des critères naturalistes est encore ténue et qu'il nous faudra progresser encore pour améliorer la reconnaissance des deux espèces.

 

 

 

Maël Dewynter
Pour Faune-Guyane

 

Opossum-souris délicat des Guyanes (Marmosops parvidens), Saint-Elie, 21/11/2019 © M. Dewynter

posté par Olivier Claessens/gepog
 
dimanche 7 juin 2020
Oiseaux
Hirondelles argentines

L'Hirondelle rustique (Hirundo rustica) est l'hirondelle la plus abondante et la plus largement distribuée au monde, se reproduisant dans la plus grande partie de l'hémisphère nord, en Amérique du Nord et à travers toute l'Eurasie. Originellement installée dans des grottes, l'Hirondelle rustique (autrefois appelée en France Hirondelle des cheminées) s'est si bien adaptée aux constructions humaines qu'elle a totalement déserté ses sites de nidification naturels. Son association avec l'Homme est datée de plus de 2000 ans en Europe, et avant l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, et lui a permis d'étendre largement son aire de reproduction. Cette extension s'est produite en Amérique du Nord au cours du 20ème siècle.

Migratrice, elle hiverne principalement en Afrique au sud du Sahara, dans le sous-continent indien et en Indonésie pour les populations eurasiennes, et depuis le Mexique (rare) jusqu'en Argentine pour les populations nord-américaines. En Guyane, l'Hirondelle rustique n'est que de passage, avec les deux périodes migratoires bien marquées d'août à novembre et de fin janvier à début mai. Les observations au cœur de l'hiver sont rares, et plus encore celles durant les mois d'été.

http://files.biolovision.net/www.faune-guyane.fr/userfiles/Documentsdivers/Oiseaux/HIRRUShistogrammemensuel070620.jpg

Phénologie des observations d'Hirondelles rustiques en Guyane (Faune-Guyane, 07/06/2020).

 

C'est en 1980 que quelques couples nicheurs furent découverts en Argentine dans la province de Buenos Aires. Ces oiseaux fondateurs ont donné naissance à une population qui compte aujourd'hui plusieurs milliers de couples, et qui après être restée confinée le long de la côte s'étend désormais progressivement vers l'ouest et vers le sud, atteignant la Patagonie en 2012 (Segura 2017).

Le cas de l'Hirondelle rustique n'est pas isolé, puisque l'Hirondelle à front blanc Petrochelidon pyrrhonota, autre espèce nord-américaine, a elle aussi fait quelques tentatives de nidification dans la même région de Buenos Aires depuis 1980. On pense que l'évolution du climat de cette région australe a permis ces colonisations récentes.

Les Hirondelles rustiques argentines ont adapté leur cycle annuel et leurs migrations au rythme des saisons de l'hémisphère sud, se reproduisant durant l'été austral de novembre à février et migrant vers le nord pour passer l'hiver austral (mai à août) dans la moitié nord de l'Amérique du Sud, du nord du Brésil au Venezuela. Un oiseau originaire de cette population argentine, équipé de géolocateur avec quelques autres individus au cours de la saison 2013-2014, a ainsi longé la côté guyanaise pour atteindre le Venezuela (Winkler et al. 2017).

De même, il est fort probable que les Hirondelles rustiques observées ces dernières semaines par Olivier Tostain et Vincent Rufray au sein du dortoir d'hirondelles de la prison de Rémire-Montjoly (côtoyant les Hirondelles chalybées, tapères et gracieuses hivernantes australes), ainsi que les rares individus observés en Guyane durant les mois d'été proviennent de la population argentine. Les oiseaux venus du nord et ceux venus du sud sont donc susceptibles de se croiser en Guyane au cours de leurs migrations… Avec l'accroissement de la population argentine, on peut s'attendre à une augmentation du nombre d'observations en Guyane tout au long de l'année.

Olivier Claessens

 

Références utiles:

Brown, M. B. and C. R. Brown (2020). Barn Swallow (Hirundo rustica), version 1.0. In Birds of the World (P. G. Rodewald, Editor). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.barswa.01

Martínez, M. M. (1983). Nidificacion de Hirundo rustica erythrogaster (Boddaert) en la Argentina (Aves, Hirundinidae). Neotropica 29: 83-86.

Segura L. N. (2017). Southward breeding range expansion in Argentina and first breeding record of Barn Swallow Hirundo rustica in Patagonia. Cotinga 39: 60-62.

Winkler, D. W., F. A. Gandoy, J. I. Areta, M. J. Iliff, E. Rakhimberdiev, K. J. Kardynal, and K. A. Hobson (2017). Long-distance range expansion and rapid adjustment of migration in a newly established population of Barn Swallows breeding in Argentina. Current Biology 27: 1080-1084.

 

Hirondelle rustique (Hirundo rustica), Rémire-Montjoly, 15/05/2020 © O. Tostain

posté par Olivier Claessens/gepog
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